Dissimulés dans les trottoirs, les cours et les jardins parisiens, de petits médaillons de bronze portent simplement un nom, « Arago », accompagné des lettres N et S. Ils ne signalent pourtant ni une ancienne adresse ni un monument disparu : ensemble, ils matérialisent le méridien de Paris, cette ligne nord-sud qui fut longtemps la référence des astronomes français.
Au total, 135 médaillons ont été installés le long de cet axe, de la porte de Montmartre jusqu’à la Cité universitaire. L’œuvre, imaginée par l’artiste néerlandais Jan Dibbets et achevée en 1994, constitue probablement l’une des curiosités les plus insolites de la capitale.
Pourquoi trouve-t-on le nom d’Arago dans les trottoirs de Paris ?
Ces disques de 12 centimètres de diamètre rendent hommage à François Arago, astronome, physicien et homme politique français né en 1786. Au début du XIXe siècle, le jeune scientifique participe avec Jean-Baptiste Biot à une impressionnante campagne de mesures destinée à prolonger jusqu’aux Baléares les travaux réalisés sur le méridien entre Dunkerque et Barcelone.
Le méridien de Paris passe précisément par l’Observatoire de Paris et a longtemps servi de méridien de référence en France. Greenwich avait déjà été choisi comme repère international en 1884, mais la France conserva sa propre référence pendant encore plusieurs décennies avant d’adopter le système lié à la ville anglaise en 1911.

Une statue d’Arago se dressait autrefois place de l’Île-de-Sein, face à l’Observatoire. Inaugurée en 1893, elle fut retirée et fondue pendant l’Occupation en 1942. Son socle resta vide et, plusieurs décennies plus tard, la création de Dibbets choisit une solution radicalement différente : remplacer en quelque sorte le monument vertical par une œuvre disséminée à travers toute la ville.
Du Louvre au parc Montsouris, une chasse au trésor en plein Paris
Pour les repérer, il suffit en théorie de suivre le méridien vers le sud ou vers le nord. Certains médaillons apparaissent dans des endroits particulièrement connus, notamment autour du Palais-Royal, du Louvre, du jardin du Luxembourg, de l’Observatoire ou du parc Montsouris. Dix-neuf avaient notamment été installés dans ce dernier lors de la création du parcours. Une petite aura de mystère entoure même ces médaillons. Ces derniers apparaissent notamment dans l’univers du Da Vinci Code, où ils sont associés à la fameuse ligne rose.
Tous les 135 ne sont plus forcément faciles à retrouver aujourd’hui : au fil des décennies, des travaux de voirie, déplacements ou disparitions ont modifié le parcours. Cela rend presque la promenade plus amusante : chercher les Arago revient à suivre à travers Paris une ligne scientifique vieille de plusieurs siècles, matérialisée par l’une des œuvres d’art public les plus faciles à manquer de la capitale.
Lieu : méridien de Paris, de la porte de Montmartre à la Cité internationale universitaire de Paris