En plein cœur du boulevard de Clichy, si les Parisiens viennent ici faire leurs courses, il faut savoir que le 53 abritait autrefois une toute autre adresse ! Pendant la Belle Époque, il fallait passer entre les crocs d’un démon géant pour rentrer dans le cabaret l’Enfer ! Avec ses yeux menaçants et ses personnages entourés de flammes, c’était l’une des devantures les plus extravagantes de Paris.
Imaginé à la fin du XIXe siècle par Antonin Alexander, entrepreneur dans le monde du spectacle, le lieu est né d’une idée assez insolite : installer côte à côte deux cabarets représentant le paradis et les enfers. Quelques décennies d’exploitation plus tard, en 1950, le cabaret disparaît au profit du Monoprix voisin, ayant racheté les bâtiments pour s’agrandir.
Un des cabarets les plus insolites de la capitale

À l’époque du cabaret, le spectacle commençait déjà sur le trottoir : un portier apostrophait les passants pour les convaincre de franchir l’impressionnante gueule du monstre. À l’intérieur, des décors de flammes, de chaudrons, des personnages déguisés en diables ou en croque-morts étaient là pour créer une ambiance quelque peu effrayante. Et sur scène, on retrouvait des spectacles de magie et d’illusion, riches en fantaisie.
Juste à côté donc, on retrouvait le cabaret du Ciel, dont le concept était totalement basé sur l’inverse. Derrière une façade inspirée de l’époque médiévale, on y trouvait plutôt des anges, des nuages et des chants célestes. La légende dit qu’on y servait même du vin béni, directement dans de grands calices. Les lieux, appartenant au même propriétaire, comptaient parmi les rares salles à proposer quelque chose d’aussi insolite à Paris.

Malheureusement l’intérêt des Parisiens pour le double cabaret ne suffira pas à le sauver. Après la Seconde Guerre Mondiale, le Ciel et l’Enfer connaissent de sérieuses difficultés financièrement qui conduiront finalement au rachat par Monoprix. Malheureusement, rien ne sera gardé des décors originels, et là où les noctambules de la Belle Époque choisissaient autrefois entre le paradis et l’enfer, les passants trouvent désormais les rayons d’un supermarché.