À la fin du mois de janvier 1910, certaines cartes postales de Paris semblent presque irréelles. Des habitants avancent sur des passerelles en bois au milieu des rues, des barques circulent près des immeubles et des quais entiers ont disparu sous l’eau. Le 28 janvier, la Seine atteint 8,62 mètres au pont d’Austerlitz, contre environ 2 mètres en temps normal. La capitale vient d’entrer dans l’un des épisodes les plus spectaculaires de son histoire moderne.
Pendant cette crue exceptionnelle, environ 720 hectares de Paris sont inondés et 20 000 immeubles touchés. Près de 150 000 Parisiens sont directement sinistrés, tandis que la banlieue subit elle aussi d’importants dégâts. Une partie de la ville fonctionne alors au ralenti pendant plusieurs semaines.
Comment Paris s’est retrouvé sous l’eau en janvier 1910
Expliquant en partie ce phénomène, les derniers mois de 1909 ont été particulièrement humides et les sols du bassin parisien sont déjà saturés lorsque de nouvelles précipitations importantes tombent pendant l’hiver. L’eau ne peut plus être absorbée correctement et rejoint rapidement la Seine et ses affluents.

À Paris, un phénomène complique encore la situation : l’eau profite des infrastructures souterraines récemment développées. Égouts, caves, voies ferrées et tunnels du métro deviennent autant de chemins permettant à l’inondation de pénétrer loin du fleuve. Dans certains quartiers, l’eau surgit ainsi du sous-sol alors que la Seine n’est même pas directement visible. Douze arrondissements sont touchés et plusieurs centaines de rues sont affectées.
La moitié du réseau du métro est inondée. La gare Saint-Lazare est également touchée, les transports sont largement perturbés et certaines activités économiques deviennent impossibles. Des passerelles en bois sont installées pour permettre aux habitants de continuer à circuler au-dessus de l’eau.
L’armée et les services de secours sont alors mobilisés et le ministère de la Marine met notamment à disposition 300 canots pliables, utilisés pour transporter habitants et matériel dans les quartiers inondés. Des pompes fonctionnent parallèlement pour tenter d’évacuer l’eau des réseaux souterrains et des infrastructures ferroviaires.

Après avoir atteint son maximum le 28 janvier, la Seine met plusieurs semaines à retrouver un niveau normal. La phase de montée dure environ dix jours, tandis que la décrue s’étale sur environ 35 jours. La crue de janvier-mars 1910 reste ainsi l’épisode de référence utilisé aujourd’hui pour mesurer le risque d’inondation dans la capitale.
Paris est aujourd’hui mieux protégé grâce aux réservoirs construits en amont, aux dispositifs de surveillance et à différents aménagements urbains. Une crue de même ampleur resterait néanmoins capable de perturber largement les transports, l’électricité, le chauffage ou les réseaux souterrains, y compris dans des secteurs qui ne seraient pas directement recouverts par l’eau.